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Une brève histoire du peigne à cheveux ou l'apparente banalité d'un objet de toilette.

J'ai fais le choix d'explorer ce sujet parmi les premiers sujets de mon blog car "tout" a commencé par là pour moi, pas le soin apporté à mes cheveux et ceux de ma famille. Et puis, le plaisir de coiffer ou mieux, se faire coiffer longuement les cheveux n'est-il par un plaisir à la portée universelle ? Qui n'a jamais ressenti cette sensation d'apaisement, de bien-être au passage délicat et attentionné d'un peigne ou d'une brosse ? Le pouvoir de la brosse pourrait s'arrêter là, pourtant il recèle bien d'autres que je vous laisse découvrir ici. Bonne lecture !


Comment parler de cheveu sans parler de peigne ? Les deux sont imbriqués depuis l'origine de notre humanité car il a bien fallu dompter la masse capillaire plus ou moins importante que l'être humain porte sur la tête. Et Dieu sait que nos ancêtres préhistoriques étaient dotés d'une tignasse digne de son nom.

Image extraite du film RRRrrrr !! réalisé par Alain Chabat.

L'utilisation du peigne à usage esthétique est arrivée assez tardivement au XIXe siècle, avant cette époque, les moyens à disposition et les efforts étaient surtout concentrés pour faire le strict minimum de l'hygiène et de l'entretien (soit pas plus qu'une toilette de chat).


Les plus vieux peignes identifiés datent de la civilisation natoufienne (qui aura eu le mérite de nous faire passer du nomadisme au sédentarisme et au début du concept de ville) , une culture du proche-orient (approximativement en Palestine) issue de l'ère Épipaléolithique qui est la phase finale du Paléolithique, il y a environ 12 500 à 10 200 ans, en gros : c'est très très lointain. Et un peu plus récemment (mais lointain quand même), on a retrouvé des peignes datant de 3 500 à l'intérieur des tombeaux égyptiens (et Dieu sait le soin qu'ils apportaient à leur cheveux...).



Ces peignes étaient façonnés à l’effigie d’un animal ou d’une figure masculine, ou étaient gravés d'une scène de la vie quotidienne. Ils étaient in fine davantage utilisés comme éléments décoratifs, apparat pour signifier le prestige compte tenu de la valeur de la matière utilisée pour les fabriquer. Ces peignes se transformaient alors en talismans, amulettes, objet précieux et suivaient souvent leur propriétaire jusque dans son tombeau, en guise de matériel funéraire.




Ces peignes étaient fabriqués en os, en écailles de tortue, en bois (de buis, de hêtre, etc) et aussi dans des matières plus nobles : en ivoire (de mammouth), en corne de boeuf ou encore en or. Avant d'en arriver là, ils étaient assez rudimentaires : un montage d’arêtes de poissons ou d'épines de chardons fixées à un morceau de bois ou à une branche. On est donc loin de la brosse lissante GHD super techno !

Peigne en os Lieu d'exécution inconnu Chalcolithique-bronze ancien (2200 - 1500 av. J.–C.). Os taillé, poli et incisé 4,8 x 9,2 x 1 cm Provenant de la Grotte des Grioteres, Vilanova de Sau (Osona)

Avant de devenir un objet trivial de notre salle de bain, le peigne / la brosse a longtemps été un objet hautement symbolique voire sacrée. Comme c'est encore le cas aujourd'hui au Japon où il est parfois placé au sommet de la tête pour faciliter la communication avec les puissances surnaturelles ou de s'y identifier et les dents du peigne représenteraient les rayons de la lumière céleste, pénétrant le corps par le sommet du crâne. Il est ainsi un trait d'union entre le Ciel et la Terre et il est si intrinsèquement lié à son possesseur que de nombreuses superstitions lui sont associés, en voici quelques unes :


- casser une dent de son peigne annonce un mauvais présage.

- jeter un peigne sur lequel il reste des cheveux accrochés attire la calvitie.

- utiliser le peigne d'une personne malchanceuse attire la malchance.



Photo Ito Chiharu - Collection somptueuses de peignes issue du Musée Kushi-Kanzashi. Observez la finesse des détails, reliefs dorés, incrustations, gravures et filigranes

Non loin du Japon, en Chine, le peigne a une symbolique similaire : force, noblesse et élévation spirituelle.

On retrouve d'ailleurs dans la ville de Changzhou, dans la province du Jiangsu, des peignes fins qui remontent à la dynastie des Qing (1644-1911) d'une beauté et d'une qualité remarquable a-t-elle point qu'on leur accordait le pouvoir d'exorciser les mauvais esprits. Ces peignes portés par les impératrices étaient fabriqués à partir de matériaux, allant du bambou à l'os et la corne de buffle, le plus recherché étant le bois de buis pour sa flexibiité, sa solidité et ses propriétés thérapeutiques en médecine traditionnelle chinoise. Une technique de fabrication rigoureuse et artisanale en 28 phases qui se transmet depuis 1 600 ans. Et certains se vendent encore plus milliers de yuans (plus de 150 €...).


On change de continent pour rejoindre l'Afrique, temple du cheveu et de la coiffure. Le peigne (souvent en bois) est un élément incontournable et indispensable pour coiffer, tresser, démêler, ordonner le cheveu afro. Il est aussi chargé de sens en étant un marqueur spirituel et social fort : selon leur finesse, leur ornements, leurs gravures ils définissent le prestige ou le rang de son propriétaire. Il devient alors parure décorative, comme chez comme chez l'ethnie Baoulés de Côte d'Ivoire où ils sont recouverts de feuilles d'or (cf photo ci-contre).






Quant au peigne africain traditionnel (ou "duafe"), connu sous le nom de « pic africain », « râteau africain » ou « pic afro », il est symbole de féminité, de soin, de fécondité, et est largement répandu aujourd'hui et est même devenu un symbole du Black Power, orné d’un poing serré en guise de poignée et est porté à même l’afro ou en tatouage...


Du côté de l'Occident, on ne peut pas dire que l'hygiène capillaire était centrale dans l'hygiène globale, même si au XVIIIe siècle apparaissent les peignes fabriqués en plomb (beurk et merci le saturnisme) ou en écailles de tortue (mieux mais cher).


Peigne en écaille de tortue (v. 1830), don de Diana Vreeland (1978)

Il faudra attendre le XIXe siècle, époque où seront fabriqués les premiers peignes en plastique, inventés par Alexandre Parkes, génie fou qui a crée le premier plastique synthétique modestement nommée la Parkesine (et l'océan ne sait pas s'il doit lui dire merci...). L'histoire ne dit pas si c'est grâce à lui mais c'est autour de cette date que le cheveu commence à devenir une obsession occidentale. Dans les Conseils aux petites dames, petits traités pratique destinés aux ménagères, s'il est l'eau chaude est déconseillée (car ramollirait le cheveu), l'aération des cheveux est en revanche vivement recommandée : ventilations par la brosse et le peigne, accompagnées de poudre absorbantes d'amidon.


Statue représentant une lamina aux pieds palmés.

Pour terminer sur une note onirique, si la brosse à cheveux est un objet culturel et fonctionnel, il se retrouve largement au coeur des mythes. Dans la mythologie basque, tous les personnages féminins sont présentés se coiffant inlassablement les cheveux avec un peigne (nommé "orrazi"), cet acte hypnotique faisant fondre le coeur des hommes qui croisent le chemin de ces êtres fantastiques. Souvent d'or, il attire la convoitise et le désir de sa possession, aux risques et périls du voleur.


C’est aussi l’attribut des sirènes (associé au miroir), figures de la féminité immorale car séductrice et porteuse de mort, en tuant les hommes "par enchantement dans la volupté".

Enfin, l'imaginaire collectif a retenu la pomme, mais c'est d'abord avec un peigne empoisonné que la belle-mère de Blanche-Neige tente de la tuer. Et il est aussi question dans ce conte de miroir...




Pour creuser davantage ce sujet inépuisable :

  • Manufacture-musée des peignes et parures à Ezy-sur-Eure (à une bonne heure de voiture de Paris) : pour découvrir le savoir-faire local en matière de fabrication de peignes en tous genre.

  • L'ouvrage "Parures de Tête" aux Editions Dapper issue de l'exposition et du musée du même nom : plongée dans l'art de coiffer les cheveux en Egypte et en Afrique subsaharienne .

  • Le Musée du Peigne et de la Plasturgie si vous passez du côté de Oyonnax dans l'Ain, en région Auvergne-Rhône-Alpe : un voyage à travers le temps et le monde à la découverte 16 000 objets en matière naturelle et plastique.

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